Le patrimoine historique de la commune des Moutiers en Retz résulte par définition de son histoire. Toutefois, s’agissant de mon propre regard, il ne saurait être exhaustif.
1/3 L’église Saint-Pierre
A/B L’extérieur
Construite vers 1060, elle est massive comme beaucoup d’églises romanes, avec ses murs et ses douze contreforts épais destinés à stabiliser l’édifice contre les vents marins. La façade principale ne comporte pas une grande porte centrale mais deux petites de part et d’autre de la façade : celle de droite était franchie par les hommes, celle de gauche l’était par les femmes. Aujourd’hui, compte-tenu de la circulation automobile qui passe au pied de la façade principale, le parvis a été déplacé sur le côté gauche entre deux contreforts.


Son clocher et ses quatre clochetons, répliques de la lanterne des morts (cf infra), ont été construits en 1853 dans un style néo-gothique, en remplacement de l’ancien clocher médiéval. Etonnamment, au pied de celui-ci est percée une grande porte, bien plus grande que les portes par lesquelles passaient autrefois les fidèles ; elle donne accès direct à la sacristie, située dans la base même du clocher immédiatement derrière le maître-autel


B/B L’intérieur
Le retable
Au cœur de cette église à nef unique se trouve son grand retable baroque du 17ème siècle, classé « monument historique ». Celui-ci recouvre la quasi-totalité de son chevet plat ; il crée un contraste architectural évident avec le reste de la nef bien plus humble
Il se compose de trois retables entourés de six colonnes corinthiennes, séparés par deux niches (statues de Saint-Pierre et de Saint-Paul auréolés de la coquille Saint-Jacques en référence au chemin de Compostelle)
A son sommet se trouve l’oeil de Dieu, enserré dans le triangle de la trinité symbolisant l’unité de Dieu (le Père, le Fils et le Saint-Esprit), dominant les trois cœurs de la Sainte Famille : celui de Jésus couronné d’épines et surmonté de la croix, celui de Marie transpercé par un glaive symbolisant sa souffrance, celui de Joseph décoré d’une fleur de lys témoignant de son amour pour Marie. Tous les angelots ont une expression du visage différente
Chacun des retables possède son propre autel et son propre tableau :
Le tableau de gauche représente Marie donnant son rosaire
Le tableau du centre, copie du tableau originel, représente la remise de la clé de l’Eglise à Saint-Pierre par le Christ
Le tableau de droite représente Clément, évêque de Rome, martyrisé en l’an I : pour avoir refusé de renoncer sa foi, il est exilé par l’empereur Trajan en Crimée dans une carrière de marbre ; il y partage la souffrance des travailleurs de la pierre et, pour avoir réitéré son refus, il est alors jeté à la mer avec une ancre autour du cou ; c’est ce qui en fait aujourd’hui le patron des marbriers et le patron des gens de mer.
Les autels
Le maître-autel accueille un tabernacle en bois doré orné de l’Agneau divin, ainsi que 6 petites colonnes séparant quatre niches accueillant les statuettes de Saint-Paul, Sainte-Barbe, Saint-Rémy, Saint-Pierre
Les autels latéraux (non classés) sont dédiés respectivement à Sainte-Anne et Saint-Jean-Baptiste.


La voûte
Elle est conçue en charpente de type coque de navire inversée, typique des constructions bâties par des charpentiers de marine ; le lambris a été posé en 1827. L’ex-voto suspendu à la voûte est un « terre-neuvas », morutier à trois mâts ; on distingue les deux chaloupes de service à la poupe (21 hommes chacun) ; sous un angle différent dans l’église, on peut distinguer sur le pont arrière ce qui est probablement le canot, armement classique sur ce type de bateau ; on n’aperçoit pas les doris (2 hommes chacun), mais ceux-ci sont généralement une dizaine, allongés sur le pont prêts à être mis à l’eau.
Les vitraux
Installés en 1949, ils sont l’oeuvre du verrier nantais Henry Uzureau.
Au-dessus des anciennes portes d’entrée se trouvent deux vitraux représentant Judicaël, seigneur de Prigny, et d’Adénor de Rais, bienfaiteurs et contributeurs du prieuré du Ronceray d’Angers lors de sa fondation aux Moutiers (cf Histoire).


Ce vitrail représente une scène de dévotion au Sacré-Coeur : le Christ montre son coeur à Clément 1er (premier successeur de Saint-Pierre), Sainte-Marguerite, Sainte-Geneviève, Saint-François de Sales, Jeanne d’Arc et Saint-Louis ; l’église du Sacré Coeur à Paris apparaît en arrière-plan.
Les autres vitraux représentent des scènes de l’Evangile :





2/3 La lanterne des morts
Depuis 813, le jour de tous les saints est fêté le 1er novembre. C’est Odilon, le supérieur de l’abbaye bénédictine de Cluny, qui décida vers 1030 que le lendemain (soit le 02 novembre) sera le jour de la célébration des morts dans les églises.
Depuis le 11ème siècle, dans les pays du Poitou et de la Saintonge en particulier, la Lanterne des Morts est venue symboliser la lumière du Christ et son royaume céleste, vers lequel doivent converger les âmes des morts afin de ne pas errer dans l’obscurité ; raison pour laquelle elle est construite généralement au sein du cimetière paroissial. On disait que « la lumière leur montrait le chemin pour qu’aucune âme ne reste perdue ».
C’est au 12ème siècle que sera définitivement abandonnée la coutume des repas funéraires sur les tombes de ses défunts afin d’entretenir leur mémoire ; laquelle sera remplacée par celle du fleurissement.
Son origine n’est pas établie avec certitude mais il n’est aujourd’hui pas contesté qu’il s’agit d’un monument catholique. A l’intérieur, un escalier en colimaçon permet à un homme de grimper pour allumer la flamme. A sa base est érigé un petit autel afin d’y célébrer la messe des morts, en principe dédié à Saint-Joseph, patron de la « meilleure mort » selon la foi chrétienne (assisté par ceux qu’on aime, apaisé, sans souffrance ni angoisse).
Dans le pays de Retz, la nuit des Trépassés était une veillée très ancienne ; la légende disait que les morts revenaient rendre visite aux vivants afin d’être honorés ; ainsi leur posait-on sur la table de la maison de quoi manger, à la lumière d’une bougie.
Aux Moutiers en Retz, dans ce qui était l’ancien cimetière situé entre l’église Saint-Pierre et l’ancienne église Madame, une « Lanterne des Morts » a été érigée au 13ème ou 14ème siècle, cylindrique et haute de 7 m. Elle est la dernière à fonctionner en France, le soir de la Toussaint et le lendemain lors de la fête des Trépassés, mais également lors du décès d’un habitant de la paroisse, comme le révèle la photographie ci-dessous. La lampe à base d’huile de poisson était allumée par le garde-lanterne, et positionnée à hauteur des trois petites fenêtres afin d’être visible en tout point de la place du village ; elle est électrifiée depuis les années 1950.

Sa plus proche voisine est celle de Saint-Pierre d’Oléron, érigée à la fin du 12ème siècle, sur l’emplacement de l’ancien cimetière paroissial ; construite sur huit pans elle est la plus haute de France (20 à 25 m selon les sources) ; sa porte a été placée en hauteur, peut-être pour en protéger l’accès ; toutefois, elle ne s’allume pas ni ne bénéficie de la même tradition qu’aux Moutiers en Retz. Bien d’autres Lanternes sont construites, dans bien d’autres styles, aussi bien en France qu’en Europe.

3/3 La chapelle Saint-Jean-Baptiste de Prigny
A/B Les extérieurs
Il est difficile de se représenter la butte de Prigny, tant celle-ci a évolué au gré des siècles, des constructions, des destructions et de la végétation ; mais à l’époque où la mer recouvrait la baie de Bourgneuf en Retz, elle représentait un promontoire d’observation et de défense. Pour autant, elle reste une réalité que marque l’emplacement de la chapelle Saint-Jean-Baptiste, probable ancienne chapelle castrale ; s’il a existé à l’époque, le chemin à son pied conduisait à la mer et au port de Prigny ; aujourd’hui il amène au pied de la falaise de rochers qui a servi d’assise aux fortifications passées.
La chapelle a été érigée dans la seconde moitié du 11ème siècle dans le style roman primitif de son époque. Elle est trapue et humble, ses petites ouvertures sont plein cintre (en « anse de panier »). La porte principale est surmontée d’une plus large fenêtre, ainsi que d’un oculus (aujourd’hui vitré) à son sommet.
Elle n’est curieusement pas orientée est-ouest mais plus sensiblement nord-sud ; aucune explication sur ce point ne fait l’unanimité en l’absence de textes, mais peut-être que sa construction sur ce petit terrain à l’extrême bord de la butte du village, au sein des fortifications, n’a pas offert d’autre possibilité. Ce qui n’est pas étonnant car d’autres constructions étaient tributaires des contraintes du terrain ou/et de l’urbanisation des lieux (Maisons-Alfort, Batz sur Mer…). Ses contreforts sont d’autant plus massifs que la roche est à proximité de la surface et qu’elle est exposée aux vents.
Les armoiries en façade sont partiellement illisibles. Par la couronne et le manteau, elles ressemblent au blason de la famille Gondi (page Histoire) ; celui-ci figure d’ailleurs au sommet du retable central, représentant le château à deux tours de Prigny entouré de trois têtes de crosses évoquant les trois monastères construits aux Moutiers et à Prigny.
En 1730, à la suite de la démolition du prieuré Saint-Nicolas et de la venue de ses paroissiens, d’importants travaux ont été réalisés pour pouvoir les accueillir. Ses murs originels avaient déjà perdu leur verticalité ; la nef a été agrandie (le décrochage dans le mur sud-est semble signaler cette démarcation) ; la sacristie et les trois retables ont été édifiés ; les deux retables latéraux ont été montés à l’emplacement même de deux petites portes par lesquelles entraient autrefois les fidèles dans l’église originelle ; il ne reste de celles-ci que quelques traces visibles à l’extérieur ; un presbytère lui est également adjoint à proximité mais celui-ci a aujourd’hui disparu.
Au sud-est, la porte extérieure ouvre en direction du marais. L’accès à l’enclos de la chapelle est protégé par une « pierre à cochons » ; on la retrouve dans de nombreux enclos paroissiaux de la Bretagne nord ; elle est destinée à empêcher les cochons de pénétrer dans les lieux et d’abîmer, en cherchant leur nourriture dans la terre, les sépultures dans le cimetière au droit de la chapelle (qui a disparu aujourd’hui) ; la soue à cochons est apparue par la suite et devenue un bâtiment rural traditionnel en Bretagne, Poitou et Vendée.

Son clocher, posé sur une tour carrée de 7m de côté, lui a été adjoint au 14ème siècle ; avant d’être ainsi coiffée, cette tour aurait probablement servi au guet à l’époque où les Templiers (8) assuraient la sécurité des environs, des marchands et des pèlerins. La présence d’une cheminée questionne l’utilisation de cette pièce.
B/B L’intérieur
A l’entrée sud de l’église, une ancre de vikings (4), découverte avec d’autres en 1865 dans une prairie en contre-bas (là où la mer s’étendait au haut Moyen-Age), témoigne de leur présence (page Histoire) ; son état de conservation permet de supposer qu’elle a été fabriquée sur place : outre qu’il existe une rue des forges dans le bourg, il en existait déjà sur le site de Prigny du temps de l’occupation romaine.
La voûte en berceau est lambrissée ; les poutres de soutènement de la charpente, après équarrissement des troncs d’arbres, ont été taillées à la doloire, assemblées à mi-bois et chevillées en bois ; le fer n’était pas utilisé à l’époque car cher et sujet à la rouille, en particulier en bord de mer.

La nef se compose de deux travées, l’une accueillant les fidèles, l’autre accueillant le choeur, démarquée par une clôture des plus simples.
1- La travée des fidèles
Deux autels s’y font face avec chacun leur retable de style baroque.
Les trois retables ont fait l’objet d’une restauration remarquable qui a permis de valoriser la polychromie de leurs statues et de leurs décorums, comme en témoignent par exemple ces deux cornes d’abondance figurant dans le retable latéral gauche, au pied de la statue représentant Saint-Germain.

A gauche en entrant (photo prise du côté opposé), le retable est dédié à la Vierge (bois polychrome, 16ème siècle)
Ses deux niches accueillent Saint-Joseph et l’enfant Jésus, ainsi que Saint-Germain. L’autel est surmonté d’une vierge « normande », en l’honneur du Roi dont les greniers à sel de Rouen étaient approvisionnés par les sauniers des environs ; elle tient l’enfant Jésus dans ses bras dans une représentation peu courante par sa taille et l’expression de son visage.
A droite en entrant, le retable (bois polychrome fin 17ème/début 18ème siècle) est renommé pour ses statues : Saint-Antoine de Padoue à gauche, Saint-Augustin à droite, Saint-Guénolé au centre haut. Saint-Guénolé fût le fondateur au 5ème siècle de l’abbaye de Landévennec (près de Brest), dont le nom breton signifie « tout blanc » ; compte-tenu des relations commerciales existant entre les sauniers de Guérande et ceux de la baie de Bourgneuf, ces derniers optèrent pour le même patron qui devint donc le patron des paludiers.
A gauche du retable (photo prise du côté opposé), deux éléments sont à remarquer. Une crédence en pierre datée du 14ème siècle (ici en forme de niche « côté épître » sobrement sculptée en arc : on y déposait les objets nécessaires à la célébration de la messe. Au-dessus est positionnée la croix polychrome d’un Christ « espagnol » ; les bras sont largement étendus comme le veut l’école espagnole au 17ème siècle, contrairement au Christ jansénite où les bras sont infléchis.
2- La travée du choeur
Outre le choeur, elle accueille le maître-autel, de style baroque ; ce dernier est entouré des statues de Saint-Luc et de Saint-Marcoul, abbé de Nanteuil ; il est orné en son centre de la croix de Malte, compte-tenu de la présence des Templiers (8) à Prigny. Sur les côtés, deux portes donnent accès à la sacristie.
Son retable, quoique vide, est dédié à Saint-Jean Baptiste ; le Christ sur la croix est accompagné d’une Vierge des Douleurs et de l’apôtre Saint-Jean l’Evangéliste.
Elément rare, le maître-autel est surmonté de 3 petits miroirs, peut-être dans un but décoratif car leur présence n’est pas expliquée : ils sont trop hauts et éloignés pour permettre au curé de regarder l’assistance pendant les messes, et ne bénéficient d’aucune orientation particulière.
Enfin, les sculptures figurant sur la porte du tabernacle font apparaître divers symboles qu’on peut probablement interpréter ainsi : la croix est placée devant une grande gloire solaire rayonnante (croix glorieuse signant la victoire du Christ) ; autour s’enrubanne une étoffe rouge (possible évocation du sang et de la passion du Christ) ; laquelle se plante sur une pomme tandis qu’un serpent y apparaît (probable représentation du péché originel).
Les Moutiers en Retz (accueil)
Les Moutiers en Retz (Histoire)
Les Moutiers en Retz (naissance)






























