La Charente

 

La Charente est un département de France, mais c’est avant tout un fleuve qui raconte l’histoire de cette région du même nom qui se déroule au fil de l’eau et des siècles.

Le fleuve

La Charente prend sa source à Chéronnac (Haute-Vienne) sur les contreforts du Massif Central à une altitude de 300 m ; ceci explique son courant lent, mais toutefois régulier, qui tranche avec celui des grands fleuves français. Elle parcourt ses 381 km en traversant notamment les villes d’Angoulême, Cognac, Saintes et Rochefort, avant de se jeter dans l’océan Atlantique face à l’île d’Aix. La légende dit que François 1er en parlait comme « du plus beau ruisseau du royaume », mais certains historiens l’attribue à Henri IV. La Charente et sa vallée constituaient un corridor commercial important jusqu’au 19ème siècle ; mais il s’agissait également d’une ligne de défense stratégique au Moyen-Âge, d’où ses nombreux châteaux-forts médiévaux.

Ce fleuve tranquille, en partie classé « Natura 2000 », est un lieu de préservation de la biodiversité (préservation d’espèces et de zones de reproduction, respect des crues à fin de restauration de zones humides, préservation de la végétation des rives, reconnexion d’anciens bras, accueil de migrateurs, aménagements de passes à poissons…). Son caractère sauvage et nonchalant, son histoire et son économie, ne sont pas sans rappeler ceux de la rivière Erdre, tout comme les enjeux liés au réchauffement climatique et les risques liés aux pollutions chimiques.

La Charente, et le château de Rochefollet
La Charente, sinueuse et indolente, et le château de Rochefollet
La Charente et ses cigognes
Cigognes
Martin-pêcheur sur la Charente
Cherchez le martin-pêcheur

Au-delà de son écosystème, la Charente est également orientée vers des activités de loisirs et touristiques.

La Charente et Port d'Envaux

La Charente et le ski nautique

Croisière sur la Charente

Véritable voie de communication, le fleuve permettait autrefois le trafic commercial ; ainsi les gabares (chalands typiques de la Charente, mais aussi de la Loire et de ses affluents tel l’Erdre) assuraient-elles le transport de sel, de vins et d’eaux-de-vie, de bois, de papier d’Angoulême (1), de draps, de pierres de taille, mais aussi de personnes ; cette autoroute fluviale a clairement contribué au développement économique bien au-delà de la région grâce à l’exportation de ses productions. C’est à Courbiac qu’on retrouva au fond de la Charente deux épaves de bateaux plats datées de 300 ans après JC, pouvant être les ancêtres des gabarres.

L’arrivée progressive du chemin de fer à compter du 19ème siècle amorcera son déclin face à des conditions de navigation devenues insuffisantes (lenteur, débit) pour l’activité de l’époque ; celles-ci avaient pourtant été améliorées par une succession de 21 écluses destinées à réguler son cours entre Angoulême et Cognac. Le développement du réseau routier au 20ème siècle signera la fin de son exploitation et sa reconversion dans les loisirs et le tourisme.

Au-delà des villes réputées, plusieurs villages agrémentent la Charente ; ils racontent l’histoire et le patrimoine saintongeais ; et tous possèdent un lien direct ou indirect avec le cognac qui fait la prospérité de la région.

Celui de Saint-Simon est un village de gabariers où étaient construites aux 18ème et 19ème siècles les gabares, dans des bassins de radoub. Cette marine d’eau douce a constitué une véritable communauté de marins de rivière, avec des charpentiers, scieurs de long, calfats et gabariers, laquelle a fortement contribué à la prospérité de l’économie locale et à la renommée du cognac. C’est aussi un village qui possédait son propre moulin à eau dont il ne reste que le système de vannes.

Moulin à eau de Saint-Simon

Outre l’établissement de plusieurs seigneuries dans la région, le château-fort du village de Vibrac (dont il ne reste que quelques ruines) contrôlait le franchissement de la Charente ; le village se situe d’ailleurs à fleur d’eau afin de mieux gérer les péages qui lui assuraient une source de revenus. Ses écluses et ses trois moulins à blé rythmaient l’activité sur le fleuve et ses bras.

Passe à poissons à Vibrac, sur la Charente
La Charente serpente entre les rochers, permettant aux poissons de la remonter tout en trouvant un lieu de refuge ou de repos entre les pierres

L'écluse de Vibrac, sur la Charente

Le pont « coudé » de Vibrac, construit au 12ème avec sa voûte courbée et son parapet anguleux

Outre son lavoir couvert, le village de Mosnac-Saint-Simeux a conservé ses « essacs » ; il s’agit de pêcheries en forme de nasses, appelées « anguillards » au Moyen-Âge, destinées à capturer les anguilles lors de leur descente vers l’océan en direction de la mer des Sargasses à fin de reproduction. Lieux de convivialité, les pêcheries sont parfois surnommées « gras » en patois local, car les pêcheurs y festoyaient de charcuteries et de vins locaux en attendant le poisson. Avant leur fusion, ces deux villages étaient établis sur les coteaux opposants et surplombant la Charente afin de laisser leurs rives accueillir leurs activités commerciales respectives.

Mosnac, ses essacs (pêcheries) et son lavoir couvert

Au fur et à mesure que l’on descend la Charente, on s’éloigne des domaines seigneuriaux quasi militaires pour se rapprocher de châteaux aristocratiques se voulant témoigner de l’élégance des Lumières ; tel le château de Panloy en Charente-Maritime. Situé à Port-Envaux, il témoigne de la richesse de la famille de Grailly, propriétaire constante depuis la fin du 18ème siècle. Construit au 17ème siècle sur le site d’un ancien château datant de la Renaissance dont il ne reste guère de traces, il est joliment tourné vers le fleuve et son paysage.

Château de Panloy, sur la Charente en Charente-Maritime

Cognac

Son économie

L’activité première et prospère de Cognac, à partir du 10ème siècle, a été le commerce du sel, bien avant celui des vins et du cognac ; il provenait des salières de la côte charentaise et était remonté sur des gabares jusqu’à son port saunier ; de là il était exporté en Europe de Nord ; son commerce sera facilité par l’octroi de différents privilèges par François 1er (sa ville de naissance), notamment l’exemption de taxes sur le sel. Le déclin du commerce du sel laissera place à celui des vins charentais qui feront la richesse de Cognac, avant le cognac ; les négociants profitent ainsi des bâtiments existants pour s’y installer et pouvoir les exporter en Europe, en Amérique et en Asie.

Parce que la ville prend toute son importance au Moyen-Âge, un château-fort fût construit au 10ème siècle afin de contrôler le passage sur la Charente, sécuriser l’économie locale, mais également défendre la Saintonge des incursions normandes. Cette forteresse médiévale, également résidence royale des Valois, a vu naître François 1er en 1494 ; il ne reste pas grand’chose de l’édifice, hormis la porte Saint-Jean de son ancienne enceinte qui commandait l’accès à la ville, face au pont qui traversait autrefois la Charente ; transformée au fil des siècles, elle sera rachetée par des négociants en 1795 pour y installer leurs chais.

Porte Saint-Jean à Cognac

C’est au 17ème siècle que la technique de la double distillation du vin en alambic de cuivre et son vieillissement en fûts de chêne apporteront sa renommée à l’eau-de-vie de cognac. A l’origine au 15ème siècle, ce sont les hollandais qui apprirent aux vignerons à distiller leur vin afin de lui assurer une meilleure conservation pendant les longs voyages en mer ; ils l’appelaient le « brandwijn » (ou « vin brûlé »), mot francisé en « brandy ». De grands négociants étrangers s’installent et se développent (l’anglais Martell, l’irlandais Hennessy…).

Cette double méthode, une fois perfectionnée par les vignerons locaux, garantit au cognac sa qualité supérieure (douceur et robe ambrée) au point qu’il a gagné son appellation contrôlée et son inscription au patrimoine culturel immatériel de la France. 95 % de la production était exportée (Royaume-Uni, Etats-Unis, Russie, Asie), jusqu’à la survenance des tensions économiques mondiales en 2025. Cette activité grandissante a permis le développement de multiples métiers directs et indirects, du viticulteur au tonnelier.

Tonnelier à Cognac

Son patrimoine

Ancienne église priorale bénédictine, l’église Saint-Léger marie les styles roman et gothique au fil de ses transformations au cours des siècles. Elle a été édifiée au 12ème siècle sur l’emplacement d’un ancien prieuré bénédictin datant du 11ème siècle. Elle se caractérise par une architecture romane intégrant une rosace gothique flamboyant, ouvrant sur trois nefs. Elle a brièvement servi de lieu de culte protestant durant les guerres de religion opposant catholiques et protestants (3) avant de revenir au sein de l’église catholique.

Cognac, la façade de l'église Saint-Léger
La façade
Cognac, la nef de l'église Saint-Léger
La nef
Cognac, détail de la voûte de l'église Saint-Léger
Détail de la voûte
Cognac, l'autel de l'église Saint-Léger
L’autel
Cognac, la descente de croix à l'église Saint-Léger
La descente de croix

Le prieuré bénédictin Saint-Léger a été construit en 1016 et a développé toute son autorité jusqu’à la fin du 13ème siècle. Les guerres de religion du 16ème siècle l’ayant ruiné pour longtemps, il faudra attendre 1623 pour que l’évêché y établisse le prieuré de Notre-Dame de la Grâce, dirigé par des bénédictines qui en assureront la gestion. Toutefois il n’échappera pas à sa vente comme bien national lors de la Révolution. Il n’en reste aujourd’hui que le cloître en voûte d’ogives ainsi que son jardin doté d’un puits surmonté d’un baldaquin en pierre.

Cognac, le cloître de l'ancien prieuré Saint-Léger
Le cloître
Cognac, le puits de l'ancien prieuré Saint-Léger, surmonté de son baldaquin
Le puits et son baldaquin

Cognac, c’est aussi un vieux bâti historique, telle la maison du lieutenant-général Pierre Lacombe qui y résida de 1603 à 1624 ; elle est construite à la fin du 15ème siècle sur un soubassement en pierre de taille et deux étages en discret encorbellement avec des poteaux en bois sculptés. Le terme de « lieutenant » découle du verbe « tenir lieu » et désigne donc celui qui représente l’autorité du Roi et son administration. Il ne reste aucune trace de l’ancienne léproserie (porte Saint-Martin) qui accueillait au Moyen-Âge les « lâdres blancs » au début de leur maladie.

Cognac, maison de la lieutenance
Maison de la lieutenance
Cognac, maison de la lieutenance
Sculpture sur poutre

Plus récentes, de nombreuses maisons de négociants ont été érigées le long des quais. Construit au début du 17ème siècle, l’hôtel Brunet du Bocage témoigne de la fortune de ses propriétaires, avec une note d’architecture italienne tenant aux colonnes à bossages, à son portail soutenant deux têtes de lion, ainsi qu’à une tête d’ange au milieu de la frise ; le tout est surmonté de corbeilles de fruits et dominé par des gargouilles zoomorphes au niveau de la toiture.

Cognac, hôtel particulier
Façade
Cognac, hôtel particulier
Frise

 

Jarnac

Les premières occupations humaines remontent au néolithique et s’étendent à l’époque gallo-romaine en raison de sa position privilégiée sur la Charente. Mais c’est surtout dès le 8ème siècle que la ville prend son importance et se développe autour du prieuré Saint-Pierre, dépendant de l’abbaye bénédictine Saint-Cybard d’Angoulême. A la suite des invasions normandes du 9ème siècle, la ville se dote d’une enceinte fortifiée et d’un château-fort témoignant d’une importante seigneurie locale jusqu’à la Révolution, avant d’être démolis au 19ème siècle.

L’écluse a été bâtie en 1806 à côté d’un ancien moulin à eau ; celui-ci faisait partie des 12 moulins à blé de Jarnac ayant fonctionné jusqu’au début du 19ème siècle ; au droit de l’écluse, le portail de la grille du jardin public (qui faisait autrefois partie du domaine du château dont une orangerie témoignait de la richesse) porte le blason de la famille Chabot (3 « chabots » verticaux, comme une curieuse homonymie avec le chabot, poisson d’eau douce), seigneurs de la ville au 15ème siècle.

Jarnac, un ancien moulin à eau, l'écluse, la grille de l'ancien parc du château

Comme Cognac, Jarnac établit sa prospérité sur le commerce du sel avant de profiter du développement du commerce du cognac ; à la fin du commerce du sel, les négociants s’y installent et transforment les quais et entrepôts de la Charente en comptoirs et chais, lesquels vont assurer le dynamisme commercial et économique de la ville.

Jarnac, maison d'un négociant en cognac

Jarnac, des chais contemporains

Les murs des bâtiments viticoles les plus anciens de Cognac et de Saintonge sont noircis au fil du temps par un champignon microscopique, non toxique, le « champignon des anges » qui s’alimente de la « part des anges » (éthanol s’évaporant des fûts de cognac).

Jarnac, le "champignon des anges"
Un vieux bâtiment recouvert du « champignon des anges »

Pour la petite histoire, Guy Chabot, baron de Jarnac, provoqua en duel le dauphin de France futur Henri II pour son allusion désobligeante à l’égard de sa belle-soeur Diane de Poitiers ; Henri ne pouvant se battre avec un gentilhomme, il désigne le seigneur de la Châtaigneraie pour le remplacer ; au cours du combat en 1547 auquel assistait la Cour, le baron blesse mortellement le seigneur par une botte secrète, mais parfaitement loyale.

 

Saintes

Son histoire

Saintes a été la capitale des santons, celtes originaires du nord et du centre de l’Europe ayant émigré vers le bassin aquitain au 8ème siècle avant JC (aucun lien avec les santons provençaux) ; ce sont eux qui lui ont donné son nom ainsi qu’à leur région, la Saintonge ; ses habitants s’appellent les saintais.

La région sera définitivement romanisée en 37 avant JC. Jules César en a fait la capitale de la province romaine de l’Aquitaine au 1er siècle (sous le nom de Mediolanum Santonum), laquelle est l’une des « trois Gaules » (avec Lyon et Reims) ; l’amphithéâtre gallo-romain, les thermes de Saint-Saloine, l’Arc de Germanicus, témoignent de l’importance économique et politique de cette cité depuis sa romanisation mais également de l’intégration des gaulois dans l’organisation romaine.

Elle prospère au Moyen-Âge grâce au commerce, facilité en cela par la Charente, et aux établissements religieux qui, outre leurs propres industries, accueillaient les pèlerins qui parcouraient les chemins de Saint-Jacques de Compostelle et généraient ainsi une richesse sur leurs lieux de passage.

En Saintonge, terre protestante, les guerres de religion (2) ont été meurtrières et destructrices. La ville est prise par les protestants une première fois en 1562, reprise par les armées du Roi en 1563, et encore reprise par les protestants en 1568. Les destructions sont importantes ; il faudra attendre 1582 pour que débute la reconstruction de la cathédrale. Après les guerres de Religion et de la période Révolutionnaire, Saintes perd de son influence face à l’expansion des villes de Rochefort, La Rochelle et Bordeaux qui la relèguent de fait à l’arrière-plan de la région.

Saintes, panorama sur la vieille ville et la cathédrale
La vieille ville (sud-est) et la cathédrale
Saintes, panorama sur la vieille ville et l'église Saint-Eutrope
La vieille ville (sud-ouest) et l’église Saint-Eutrope

L’amphitéâtre

L’amphithéâtre, dont l’arène (scène centrale de spectacle) et les fondations sont des mieux conservées de France, témoigne de l’importance de la ville à l’époque gallo-romaine. Construit vers 40-50 après JC, soit bien avant le Colisée de Rome, il offrait à ses 15000 spectateurs (50000 au Colisée) des combats tant d’animaux sauvages que de gladiateurs ; sa construction (126 m de long, 102 m de large, 2 portes axiales monumentales) s’appuie sur les flancs et le fond d’un val et fait ainsi l’économie de murs de soutènement et de contre-forts.

Une journée de spectacles se divisait en trois parties : les chasses (soit des chasseurs poursuivaient les animaux, soit deux animaux étaient enchaînés pour se combattre, mais elles ne sont pas avérées à Saintes), les exécutions de condamnés (soit livrés sans arme aux animaux, soit combattant à mort entre eux), les combats de gladiateurs (combattants volontaires sous contrat, mais aux mises à mort non systématiques).

Parce qu’il était le premier empereur romain chrétien, et donc pour des raisons religieuses, Constantin interdira au 3ème siècle les combats de gladiateurs, interdiction que certains de ses successeurs devront réitérer du fait du succès populaire des « jeux ». Ceux-ci ne sont du reste pas d’origine romaine mais étrusque au 4ème siècle avant JC ; ils correspondaient alors davantage à un rite funéraire codifié destiné à honorer un personnage important qu’à un combat en tant que tel, mais les romains lui ont conféré un autre sens socio-politique (« du pain, du vin, des jeux »).

Saintes, l'amphithéâtre
Vue d’ensemble
Saintes, l'amphithéâtre
La porte Est est celle de « l’entrée des artistes », et très probablement la sortie des gladiateurs victorieux
Saintes, l'amphithéâtre
L’arène et, au fond, la porte Ouest, la porte des morts
Saintes, l'amphithéâtre
La porte des morts qui donnait accès à la nécropole
Saintes, l'amphithéâtre
Une construction en « petit appareil »

L’Arc de Germanicus

L’Arc de Germanicus est une ancienne porte de la ville érigée en 18-19 après JC par un notable gallo-romain, Caius Julius Rufus, en l’honneur de l’empereur Tibère, de son fils Drusus et de son fils adoptif Germanicus (futur grand général de l’empire romain) ; ceci témoigne de la promotion de l’élite gauloise au sein de l’empire romain. A cette époque, cet Arc ne se situait pas sur son emplacement actuel mais sur le pont érigé sur la Charente à une trentaine de mètres de là ; avec ses deux voies de circulations inverses, celui-ci servait de péage à l’entrée de la ville. En outre, il marquait symboliquement l’extrémité de la Via Agrippa reliant Lyon à Saintes.

Cet Arc votif et monumental doit son salut à Victor Hugo et Prosper Mérimée qui ont permis de lui éviter sa démolition : en 1843, il avait été décidé de détruire le pont qui gênait la circulation fluviale ; l’Arc put ainsi être déconstruit et reconstruit sur les quais, et même largement restauré en 1851. Pour la petite histoire son nom découle, tout simplement mais injustement, de ce que celui-ci est plus lisible sur les frises que ceux de Tibère et Drusus.

Saintes, l'Arc Germanicus

Saintes, l'Arc Germanicus

Saintes, l'Arc Germanicus

 

La basilique Saint-Eutrope

Classée patrimoine mondial de l’Unesco, la basilique Saint-Eutrope porte le nom du premier évêque de Saintes, évangélisateur de la Saintonge au 1er siècle et martyr ; elle est dite « mineure » car d’un rang inférieur aux quatre seules basiliques « majeures » se trouvant à Rome et pouvant se prévaloir de privilèges spécifiques papaux. Elle est réputée comme l’un des plus grands chefs d’oeuvre de l’art roman saintongeais.

Elle a été érigée au 11ème siècle à l’initiative de Guillaume VIII, duc d’Aquitaine et comte de Poitiers, dans le souci d’accueillir le plus grand nombre de pèlerins marchant sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle et désirant se recueillir devant le tombeau de Saint-Eutrope ; il en confiera l’administration aux moines de l’Abbaye de Cluny qui installeront à proximité un prieuré d’une vingtaine de moines ; elle sera consacrée par Urbain II, premier pape à avoir initié la première Croisade.

Elle se constitue de deux églises remarquablement édifiées l’une sur l’autre, à l’emplacement d’une ancienne basilique datée du 6ème siècle. L’église haute voit sa nef démolie en 1802 faute de financements pour la réparer afin d’éviter son écroulement sur les fidèles ; de l’église originelle, il ne reste donc que le choeur roman et le clocher gothique flamboyant datant du 15ème siècle. Son actuelle façade a été construite en 1831 dans un style néo-roman ; un incendie en 1983 détruira les stalles en bois. L’église basse en est la crypte, l’une des plus vastes d’Europe elle est réalisée en triple vaisseau, dans laquelle est exposé le cénotaphe de Saint-Eutrope au sein d’une forêt de puissants piliers surmontés de chapiteaux sculptés.

Saintes, église Saint-Eutrope
Le choeur roman vu de l’extérieur
Saintes, église Saint-Eutrope
La greffe du clocher gothique flamboyant
Saintes, église Saint-Eutrope
Le choeur
Saintes, église Saint-Eutrope
La statuaire au-dessus du maître-hôtel : Saint Pierre et sa clé ; Saint Paul avec son épée ; Saint Jacques le Majeur portant le bourdon de pèlerin ou la coquille ; Saint Jean l’Évangéliste, jeune et imberbe, tenant un livre ; Saint André, avec la croix en X ; trois autres apôtres, dont l’identification reste discutée.
Saintes, l'église Saint-Eutrope
La destruction de la nef a nécessité la fermeture du bâtiment au niveau du transept, avec création d’une nouvelle tribune et d’une nouvelle porte
Saintes, l'église Saint-Eutrope
Les deux lions
Saintes, l'église Saint-Eutrope
Les deux sirènes
Saintes, l'église Saint-Eutrope
La crypte
Saintes, l'église Saint-Eutrope
Le cénotaphe de Saint-Eutrope

Sainte, l'église Saint-Eutrope

L’abbaye aux Dames

L’abbaye aux Dames est une ancien monastère bénédictin fondé en 1047, le premier consacré aux femmes en Saintonge ; elle accueillait une centaine de religieuses et de pensionnaires issues de familles nobles ; c’est là que Madame de Montespan, future maîtresse de Louis XIV, y reçut son éducation.

Son influence religieuse, économique et politique a perduré jusqu’en 1792, date à laquelle elle fût saisie comme bien national et transformée en prison. En 1808, elle est vendue à l’Armée qui en fera une caserne d’infanterie et de cavalerie, puis rachetée par la ville en 1924 avant d’être rendue au culte en 1939. La création en 1972 d’un festival de musique ancienne lui apportera une nouvelle dynamique ainsi que les fonds nécessaires à sa restauration.

Saintes, l'abbaye aux Dames

Elle se compose de l’église abbatiale Sainte-Marie et de son clocher en forme de pomme de pin avec ses écailles en pierre, des bâtiments conventuels et de quelques traces de son ancien cloître à leur pied.

Saintes, l'abbaye aux Dames

Saintes, l'abbaye aux Dames
Façade occidentale

La façade occidentale apparaît consacrée au thème du Salut et présente une richesse remarquable dans les sculptures des chapiteaux, arcs et frises.

Saintes, l'abbaye aux Dames
Portail central
Saintes, l'abbaye aux Dames
Les vieillards de l’Apocalypse et le massacre des innocents
Saintes, l'abbaye aux Dames
L’agneau de dieu et la main divine bénissant
Saintes, l'abbaye aux Dames
La nef
Saintes, l'abbaye aux Dames
Le choeur

Saintes, l'abbaye aux Dames

Le centre historique de Saintes réserve également tout un réseau de venelles pittoresques traversant les quartiers et débouchant parfois sur de vieux bâtis.

Saintes, un réseau de venelles

Saintes, un réseau de venelles

Saintes, un réseau de venelles

Les thermes gallo-romains

Construits à la fin du 1er siècle sous la dynastie des Flaviens sur une étendue de plus de 8000 m2, les thermes gallo-romains, situés dans le quartier de Saint-Saloine qui domine la ville, témoignent de leur importance dans la vie de la cité à l’époque romaine, malgré leurs destructions au fil des siècles.

Les deux tiers du site ont été détruits, voire disparus sous le cimetière Saint-Vivien ; quelques traces de murs, de fondations et d’aqueduc (trois aqueducs, alimentés par trois sources situées jusqu’à 14 km, alimentaient les fontaines publiques ainsi que les thermes) permettent néanmoins de comprendre qu’il s’agissait d’un vaste ensemble de bains publics (orientés hygiène, activités physiques, délassement) mais également un lieu de vie sociale et politique.

Saintes, les thermes gallo-romains

Saintes, les thermes gallo-romains

Saintes, les thermes gallo-romains

Saintes, les thermes gallo-romains

Saintes, les thermes gallo-romains
Conduit d’arrivée d’un aqueduc
Saintes, les thermes gallo-romains
Le caldarium (salle des bains chauds)
le caldarium, ou salle des bains chauds
Sépulture, au droit du mur oriental, des époux Morand-Bertaud qui y ont réalisé d’importantes fouilles au 19ème siècle

Après la chute de l’empire romain, il apparaît que le site a été successivement reconverti en sanctuaire paléochrétien, puis en église romane dédiée à Saint-Saloine et enfin en nécropole médiévale, comme en attestent les fouilles.

On peut regretter qu’il ne soit pas davantage dégagé au grand jour afin que ces thermes trouvent leur juste place au sein de l’histoire et du patrimoine saintongeais, d’autant que les archéologues pensent que l’importance de la ville laisse présumer l’existence d’autres thermes.

La cathédrale Saint-Pierre

Bien que cette phase soit peu documentée, les historiens s’accordent à dater la conversion de Saintes au christianisme au 6ème siècle car une première église paléochrétienne est mentionnée en 596. A la suite de son incendie en 1117, elle cédera sa place à la cathédrale Saint-Pierre dans le style roman de l’époque. Celle-ci a connu une suite de restaurations et de reconstructions dans un style « gothique flamboyant », notamment aux 15ème et 17ème siècles.

La nef épurée et la voûte en bois sont particulièrement sobres et permettent ainsi de mettre en valeur le baldaquin du maître-autel ainsi que, à son opposé, le grand-orgue. Son clocher inachevé est caractérisé par une coupole en métal qui lui confère son originalité et son identité.

Ces quelques photos ont été réalisées au moment de la fermeture à 19h00 (ce qui est tôt pour une ville labellisée « Ville d’Art et d’Histoire »), sans possibilité d’y retourner pour un visuel plus exhaustif.

Saintes, la cathédrale Saint-Pierre
La nef, orientée est
Saintes, la cathédrale Saint-Pierre
La voûte en bois
Saintes, la cathédrale Saint-Pierre
Le maître-hôtel
Saintes, la cathédrale Saint-Pierre
Le baldaquin
Saintes, la cathédrale Saint-Pierre
La nef, orientée ouest
Saintes, la cathédrale Saint-Pierre
Les grandes orgues
Saintes, la cathédrale Saint-Pierre
La chapelle des fonts baptismaux
Saintes, la cathédrale Saint-Pierre
Chapelle Sainte-Marie Madeleine

 

(1) La Charente, tant la région que le fleuve, présentait tout les ingrédients nécessaires au fonctionnement de moulins à eau : une production de matières locales, ainsi qu’une énergie hydraulique suffisante pour les broyer et les compacter. Au-delà des moulins à blé, des moulins à foulon ont été exploités à partir du 12ème siècle, avec un rendement bien supérieur au travail par piétinement : cette mécanisation s’appuyait sur la rotation d’un arbre à cames permettant d’actionner des pilons foulant la laine tissée afin d’en faire un drap (tissu) dense, chaud et imperméable.

Le savoir de la fabrication du papier à partir du chanvre et du lin, l’abandon du palimpseste trop coûteux et ne permettant pas la conservation des écrits, l’amélioration des techniques d’imprimerie par Gutenberg vers 1450, les privilèges accordés à François 1er aux papetiers, ont favorisé à partir de la Renaissance la construction de moulins à papier. Ceci a contribué à l’alphabétisation et la diffusion des idées d’une façon bien plus systématique ; au point que certains moulins à foulon ont été reconvertis en moulins à papier. Celui-ci devînt ainsi une industrie extrêmement prospère allant jusqu’à son exportation en Hollande, Grande-Bretagne et Russie, en particulier du « vélin », papier royal qui fût le plus recherché d’Europe au 17ème siècle.

(2) Au début du 16ème siècle, Jean Calvin diffuse en France, plus particulièrement au sein de la noblesse et de la bourgeoisie, les idées protestantes (celles de « ceux qui protestent » contre le train de vie de l’église catholique) émises par le moine allemand Martin Luther en Allemagne ; la réforme portée par celui-ci des rites de l’église catholique (autorité du pape, liturgie) qui lui vaudront son excommunication. Les idées protestantes se sont étendues un peu partout en France mais se sont fixées dans des régions influentes par leur prospérité économique et leur commerce international, et sans doute éloignées du pouvoir central en particulier dans la moitié sud de la France (Saintonge, Aunis, Angoumois, Poitou, Rouergue, Cévennes, Béarn notamment). De religieux le conflit devient politique et oppose les grandes familles nobiliaires qui se partagent entre les Guise (catholiques) et les Bourbons (protestants).

Entre 1562 et 1598, pas moins de huit guerres de religion se traduisent en massacres (des centaines de milliers de morts, outre une économie affaiblie et un pouvoir royal qui cherche à s’affirmer) ; le mariage entre Henri de Navarre (protestant) et Marguerite de Valois (la reine Margot, catholique) ne suffira pas à éviter la plus sanglante, celle de la nuit du 24 août 1572, dite de la « Saint-Barthélémy », qui voit des milliers de protestants (les « huguenots », traduction d’un mot allemand décrivant des « confédérés » épousant les mêmes idées) périr sous les lames des catholiques.

D’accident de roi en assassinats, leur successeur Henri IV finira par se convertir au catholicisme en 1593 afin de pacifier le royaume (« Paris vaut bien une messe » dit la légende) ; il promulguera en 1598 l’édit de Nantes afin de garantir la liberté de conscience, la liberté de culte (dans certaines régions), des droits civils et politiques aux protestants ; il finira assassiné par Ravaillac, catholique exalté. Le siège par l’armée royale et la perte de La Rochelle (1627) signera la fin de la puissance des huguenots ; la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 par Louis XIV provoquera leur exil massif notamment vers l’Angleterre, la Prusse et la Suisse, entraînant un affaiblissement économique dans leurs régions d’origine.

 

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