Les Moutiers en Retz (naissance)

 

Cette page est consacrée à la naissance de la commune des Moutiers en Retz et à son évolution en tant que telle sur ses trois premiers siècles d’existence.

Au 19ème siècle

Ce siècle constitue le moment de bascule. En effet, le quartier des Moutiers du bourg de Prigny voit son importance consacrée en 1815 : Prigny perd son statut de commune et se voit fusionnée avec la nouvelle commune de Bourg des Moutiers.

En 1863, le quartier de la Bernerie, qui faisait partie de la commune de Bourg des Moutiers, acquiert à son tour le statut de commune et se voit cédée par celle-ci une partie de son territoire, comprenant notamment son port ainsi qu’un chantier naval.

L’expansion continuelle de l’envasement du Collet, lieu de l’embouchure de la rivière le Falleron, conduit au déplacement du port de Bourgneuf sur l’étier du Dain. Ainsi le petit port du Collet profitera au bourg des Moutiers qui en fera le port qu’il avait perdu.

Le port du Collet, vu de la passerelle surplombant l'ancienne écluse.
Le port du Collet, vu de la passerelle surplombant l’ancienne écluse

Le prieuré du Ronceray est vendu à la paroisse en 1817 qui en fait son presbytère. Aujourd’hui, son moulin à vent de mouture de céréales et son four à pain, qui avait contribué à sa fortune dès 1225, appartiennent aujourd’hui à des propriétaires privés.

L'ancien moulin de la prieure, avec à sa gauche le four à pain (christianisé).
L’ancien moulin de la prieure, avec à sa gauche le four à pain (christianisé)

L’«église Madame» de ce prieuré a été rasée en 1829. Son acquéreur, un armateur des environs, a vendu son bois de construction ainsi que ses pierres. On peut en retrouver quelques unes sur une stèle commémorative place de l’église Saint-Pierre ainsi que dans un mur bordant une rue à proximité.

Probable fragment de corniche en tuffeau, réutilisée ici en remploi dans un mur de moellons de schiste.
Probable fragment de corniche en tuffeau, réutilisée ici en remploi dans un mur de moellons de schiste

Le château de Prigny avait déjà perdu son importance depuis le 16ème (cf Histoire) et finit par être abandonné ; il est démoli par son propriétaire en 1832 ; celui-ci également en vend les pierres, que l’on retrouve parfois dans la construction de maisons et murs dans les environs. On repère ainsi certaines de ses pierres de taille, peut-être autrefois burinées pour faciliter l’accrochage du mortier.

Les pierres en tuffeau proviennent probablement de l'ancien château de Prigny. Le haut de la plus grosse s'est vu sculpté une forme de gouttière, comblée par des tuiles.
Les pierres en tuffeau de ce mur proviennent probablement de l’ancien château de Prigny. Le haut de la plus grosse s’est vu sculpté une forme de gouttière, ici comblée par des tuiles.

Le Puits Davy subsiste (du nom d’un ancien recteur de la paroisse) ; on ne connaît pas avec certitude sa date de construction, mais on peut légitimement penser qu’il date de la construction du mur d’enceinte du prieuré du Ronceray, voire donc du prieuré lui-même (1060). Sur les 4 puits publics recensés dans le villages des Moutiers au Moyen-Âge, il est intéressant par son bâti : sa construction à double accès est intégrée dans un angle du mur d’enceinte du prieuré du Ronceray ; il permet ainsi aux bénédictines d’en puiser directement l’eau à partir du jardin du prieuré sans avoir à en sortir ni à être vues. La croix qui le surplombe aurait été trouvée lors d’un curage du puits, sans que l’on sache pourquoi elle se trouvait là ; elle est identifiée comme la plus ancienne des Moutiers.

Vu du jardin de l'ancien prieuré, le puits, masqué par sa sécurisation
Vu du jardin de l’ancien prieuré, le puits, masqué par sa sécurisation

L’arrivée du chemin de fer au Bourg des Moutiers en 1896 a permis à la commune d’accueillir une clientèle de curistes ; en effet des sources d’eaux ferrugineuses avaient été découvertes sur les trois communes de Préfailles, Pornic et la Bernerie, donnant lieu à toute une économie de bains de mer. Il s’agissait aussi bien de nantais que de parisiens ; à l’époque les voyages des parisiens s’opéraient par la liaison gare d’Orsay/gare de Nantes-Orléans, puis par la correspondance gare de Nantes-Etat/gare de Pornic. La courbe de fréquentation suivra l’augmentation de l’activité touristique qui commence alors à se développer.

La ligne SNCF reliant Nantes aux Moutiers

La gare SNCF des Moutiers en Retz

Au 20ème siècle

Lors de la « Grande Guerre », les terres aux Moutiers continuent d’être exploitées par les femmes, les enfants et les vieillards restés à l’arrière pour répondre aux besoins de l’intendance militaire. La commune a accueilli 68 réfugiés belges et français pendant la durée du conflit. Les Moutiers comptent plusieurs morts, dont 35 « morts pour la France » sur une population estimée à 758 habitants.

Les congés payés votés en 1936 contribuent à la prospérité de la commune qui voit apparaître campings et locations saisonnières, amorçant ainsi tout un flux de nouveaux résidents s’ajoutant aux 639 habitants (chiffre qui a baissé à la suite du nombre de morts pendant la première guerre mondiale).

La mairie s’emploie en outre à favoriser la construction de résidences secondaires. Les Moutiers prennent ainsi leur part dans le patrimoine architectural de la Côte de Jade avec différents types de maison :

Des maisons historiques (ici la maison du « procureur fiscal » du prieuré du Ronceray, dont les pouvoirs étaient importants sur son domaine : justice, police, recouvrement des taxes, administration…) :

L'ancienne maison du "procureur fiscal" de la prieure
L’ancienne maison du « procureur fiscal » de la prieure

Des maisons basses typiques d’un habitat local privilégiant la résistance aux tempêtes et la tenue dans le temps :

Maison basse

Des maisons de bourg :

Maison de bourg

Des maisons d’époque balnéaire :

Maison d'époque balnéaire

Lors de la seconde guerre mondiale, le pays de Retz est occupé par les allemands afin de sécuriser la côte, d’autant plus que la région est proche de la base sous-marine allemande de Saint-Nazaire.

En 1941, la Loire-Inférieure a été rattachée par le régime de Vichy à la région qui prendra en 1955 le nom de « Pays-de-la-Loire ».

Le pays de Retz est une terre de résistance contre les allemands, avec ses maquis et ses réseaux ; mais c’est également une terre d’accueil des personnes juives persécutées, comme en témoigne Marie Rahir, habitante du bourg des Moutiers, qui figure ainsi parmi les 21 Justes de Loire-Atlantique.

Le Bourg des Moutiers sera éprouvé par le drame du navire anglais Lancastria et ses 6000 et 9000 soldats anglais et civils qu’il rapatriait en Angleterre le 17 juin 1940 ; attaqué par l’aviation allemande, il sombra au large de la pointe Saint-Gildas. La marée ramena des milliers de corps le long de la côte pendant de nombreuses semaines. Devant l’ampleur du drame, la mairie des Moutiers dut les inhumer dans les dunes jusqu’à ce qu’une sépulture décente puisse leur être offerte. Une plaque en bordure de plage rappelle cet événement dramatique.

En 1957, le département de Loire-Inférieure est renommé en Loire-Atlantique.

Le presbytère est racheté en 1978 par la municipalité qui le restaure afin d’y transférer la mairie :

Façade avant de la mairie
Façade avant
Façade arrière de la mairie, vue du jardin. Derrière soi, sur la gauche, se situe le puits Davy.
Façade arrière, vue du jardin. Derrière soi, sur la gauche, se situe le puits Davy.

En 1986, le « Bourg des Moutiers » est renommé en « Les moutiers en Retz ». En l’absence de recensement cette année là, sa population est estimée à 716 habitants.

Aujourd’hui

Quant au 21ème siècle, les 1939 monastériens recensés en 2023 en écrivent aujourd’hui les pages, apportant ainsi la preuve de l’attractivité résidentielle, touristique et littorale de la commune.

En 2015, les communes de Bourgneuf en Retz et de Fresnay en Retz fusionnent sous le nom de Villeneuve en Retz, dont le chef-lieu se trouve à Bourgneuf en Retz. Les deux conseils municipaux ont retenu le nom de « Villeneuve » par parallélisme avec celui de « Bourgneuf ».

Le territoire de la France continue de se modifier sous les effets du changement climatique, notamment avec des périodes de canicules et de sécheresse plus fréquentes et plus intenses impactant notamment la biodiversité. Les paysages de marais salants des Moutiers en Retz n’y échappent pas, lesquels se transforment en prairies, là où s’étendait la mer au 11ème siècle.

Vue en direction de l'océan
Vue en direction de l’océan
Vue en direction de la colline de Prigny
Vue en direction de la colline de Prigny

Classé « espace naturel sensible » par le Département de Loire-Atlantique, le marais de Lyarne voit certains de ses canaux s’assécher, et la végétation s’étendre à la place de l’eau.

Les terres à gauche sont rendues à la prairie
Les terres à gauche sont rendues à la prairie

Les marais-salants sont également peu à peu délaissés car ils sont exigeants en terme d’exploitation tant professionnelle qu’amatrice. C’est dommage car c’est encore un ancien métier dont le savoir-faire risque de se perdre ; et celui-ci n’exclut pas la liberté de dessiner de façon originale les « bossis », ce nom local désignant les petites digues de terre argileuse permettant au paludier de circuler pour récolter le sel.

Sous leur couverture d'eau apparaissent les bossis
Sous leur couverture d’eau apparaissent les bossis

Face à l’érosion marine, diverses actions de « défense de la mer » ont été mises en œuvre, tant « dures » (édification de digues et d’épis) que « douces » (plantation de pins maritimes). Elles permettent de contenir le risque de submersion et de ralentir le déplacement du trait de côte.

Digue anti-submersion en milieu urbain
Digue anti-submersion en milieu urbain
Multiplication d'épis et de pins maritimes
Multiplication d’épis et de pins maritimes le long de la côte

La baie conserve tant son état d’envasement, qui a scellé son destin, que ses pêcheries traditionnelles au carrelet.

A l'horizon, le parc à moules et, plus au loin, l'île de Noirmoutier
A l’horizon, le parc à moules et, plus au loin, l’île de Noirmoutier
Une pêcherie et son système de pieux, généralement en chataîgnier.
Une pêcherie et son système de pieux, généralement en chataîgnier.

Pêcheries au carrelet, voisines mais pas trop.

 

Ainsi cette histoire explique et façonne la richesse du patrimoine historique des Moutiers en Retz, que l’on parcourt tranquillement à pied ou en vélo sur moins de 10 km2 en humant l’air du large.

 

Haut de page

Les Moutiers en Retz (accueil)

Les Moutiers en Retz (Histoire)

Les Moutiers en Retz (patrimoine historique)

Les Moutiers en Retz (addendum)

Accueil

error: Contenu protégé, merci de vous reporter aux conditions générales du site