
Auguste Rodin est un sculpteur français ayant vécu à la charnière des 19ème et 20ème siècles travaillant tant le marbre que le bronze. Il est réputé pour avoir bousculé le monde académique des arts en ne sculptant plus des corps humains idéaux, conformes aux canons aussi bien grecques que romains ; il les a rendu imparfaits, tendus, musclés, expressifs, tourmentés.
La Porte de l’Enfer
Son œuvre majeure est « la Porte de l’Enfer » (1). Alors même qu’il n’était pas encore célèbre, l’Administration des Beaux-Arts lui a commandé en 1880 une « porte décorative ornée de bas-reliefs représentant la Divine Comédie de Dante » en lui laissant toute liberté d’interprétation ; l’arrêté ministériel fixe sa rémunération à la somme de 8000 F, somme très importante pour l’époque ; le coût réel de son travail les dépassera largement ; c’est néanmoins cette œuvre qui amorcera sa célébrité. Il s’agissait alors d’habiller l’entrée du futur Musée des Arts Décoratifs qui devait ouvrir en 1883. Ce projet sur le site envisagé ayant avorté, Rodin continua néanmoins de travailler sa porte pendant plus de 30 ans, avant de mourir sans parvenir à l’achever.
Cette porte en fonte noire représente plus de 180 figures de corps torturés, tombant dans l’enfer et son tourbillon chaotique de souffrances. On prête à Rodin ici 2 sources d’inspiration : Michel-Ange dont on sait combien il a su représenter la force et la puissance avec son « David » exposé à Florence, et Dante qui a si bien décrit l’enfer dans « La Divine Comédie » en le résumant dans cette phrase célèbre « Vous qui entrez, laissez toute espérance ».
2 insertions attirent plus particulièrement l’attention :
– la première est celle du « Penseur », représentant un homme réfléchissant à sa condition humaine. On dit que Rodin voulait justement représenter « Dante méditant sur la condition humaine ». En revanche on sait qu’il s’est inspiré du physique de Jean Baud, un boxeur français de salles obscures qui pratiquait la savate (boxe française) mais qui, pour améliorer son ordinaire, posait également pour les artistes ; et c’est lui qui permit ainsi à Rodin de travailler l’expressivité des corps à partir tant de leur musculature que de leur ossature.
– la seconde est celle des « les Trois Ombres », lesquelles arrivent à « la Porte de l’Enfer », penchées vers les entrailles de la terre dans une attitude désespérée, la tête écrasée par la douleur, les bras impuissants convergeant vers cette Porte sous le poids de la fatalité ; elle se compose de 3 statues en bronze noir coulées dans le même moule, que Rodin a ensuite réunies pour n’en former qu’une.
La Grande ombre
Le sculpteur s’en est ensuite inspiré pour réaliser de nouveaux moules grandeur nature de ces statues, également réalisées en bronze noir, lesquelles sont exposées notamment au Musée Rodin à Paris (France) lorsque celui-ci ne les prête pas à des musées régionaux, comme ici à Lille en 2013.
Ainsi le moulage ayant servi à produire chacune des « Trois Ombres » a également servi à produire une autre statue que Rodin a baptisé « La Grande Ombre ».
Le bronze noir
Généralement le bronze verdit, comme on peut le constater souvent dans nos cimetières (2) ; il est rarissime que le bronze noircisse par oxydation au fil des siècles, ne serait-ce même que légèrement. Autrement dit Rodin obtient artificiellement sa noirceur par réaction chimique ; mais il ne voulait pas n’importe quel noir, alors il a opté pour un traitement particulier :
1- il a appliqué une patine qui permet de noircir l’alliage (à base de sulfure de potassium),
2- il a passé sur la surface un chalumeau à des intensités diverses pour nuancer ce noir,
3- il a pratiqué un polissage spécifique permettant d’apporter des nuances de relief en éclaircissant certaines zones,
4- et enfin il a appliqué une cire d’abeille pour obtenir un aspect satiné.
Il utilisera la même technique pour couler d’autres bronzes noirs tout autant célèbres, par exemple représentant « Adam », ou « le Penseur ». Cette méthode et le rendu sont caractéristiques du style parfaitement reconnaissable de Rodin.
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