L’Erdre de la source à la Loire

 

L’Erdre naît sur les contreforts du massif armoricain, à l’extrémité nord-est du Sillon de Bretagne, dans une région autrefois riche par ses mines d’ardoises. A une altitude de 63 m, elle prend sa source à l’étang du Clairet, sur la commune d’Erdre en Anjou (dans le Maine et Loire, autrefois nommée La Pouëze avant une fusion de communes).

Réalimentée par des ruisseaux, elle va progressivement grandir et s’élargir le long de ses 97 km (ou 103 ou 105 selon les méthodes de mesures) avant de se jeter dans la Loire à Nantes (Loire-Atlantique), constituant ainsi une véritable « route de l’eau » qui contribuera aux activités économiques, commerciales puis touristiques de la région.

Ses rives sont habitées depuis le Néolithique. L’origine de son nom n’est pas certaine, mais les hypothèses les plus admises sont qu’il serait issu soit de la racine celte « ert » (évoquant l’idée d’écoulement), soit du romain Erda (« occidental » en référence à la région la plus occidentale occupée par les armées de Jules César lors de la conquête de la Gaule), soit du gallo « Erdr ». Une certitude toutefois : son nom « Erda » figure dans les textes médiévaux dès 1072.

Dans les pas de François 1er qui la déclarait « plus belle rivière de France », même s’il parlait plus probablement de sa partie « aristocratique » dont témoigne ses châteaux et manoirs entre La Chapelle sur Erdre et Nantes, j’ai réalisé cette série au fil de l’eau et au gré de mes promenades.

 

L’Erdre en Maine-et-Loire

 

Erdre en Anjou

A partir de sa source (1), l’Erdre s’en va ici en direction opposée vers Nantes, traversant 16 communes et 2 départements.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Le gardien du jour : le poisson-chat.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Sur ses premiers kilomètres, l’Erdre n’est qu’un ruisseau qui se fait timide voire caché ; il faut aller le chercher dans les buissons. Il disparaît et réapparaît au gré de la végétation et des ponts qui le chevauchent.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Angrie

Au fil de son parcours, l’Erdre commence à se nourrir de différents ruisselets qui, peu à peu, renforcent son débit qui contribue à élargir son lit. Comme ici, sur la commune d’Angrie.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Candé

Masquée par la végétation, la rivière arrive discrètement à Candé.

L'Erdre de la source à la Loire.

Elle se scinde provisoirement en deux du fait d’une pente très faible et d’une dispersion du courant propices à la formation naturelle de bras. Les hommes ont aménagé l’un de ces bras en canal d’amenée afin d’alimenter en force hydraulique divers tanneries et moulins (notamment un moulin destiné à fouler les draps), l’autre bras servant de canal de décharge en cas de crue.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

L’Erdre en Loire-Atlantique

 Freigné

A Freigné (aujourd’hui rattachée à Vallons-de-l’Erdre), l’Erdre a déjà quitté le Maine-et-Loire pour entrer en Loire-Atlantique en prenant ses aises dans un lit élargi.

L'Erdre de la source à la Loire.

Le lavoir a été construit vers 1860 (fin de service en 1958) en même temps que le pont de Trianon au pied duquel il se trouve, tous deux en pierre de schiste de la région ; du temps de son exploitation, il possédait deux cheminées d’angle destinées à chauffer l’eau de rinçage des lavandières. Il ne possédait pas de selles à laver en pierre sur le bord de la rivière ; le lavage par battage se faisait donc sur des planches de bois, avec du savon noir parfois mélangé avec de la cendre de feux de bois ou des cristaux de soude.

Au Moyen-Age, les femmes lavaient et rinçaient le linge directement dans la rivière. C’est surtout à partir de la Révolution française que sont construits des lavoirs publics dans un objectif de salubrité publique. A partir du 19ème siècle, les lavoirs deviennent couverts. Lieux de sociabilité féminine, femmes et lavandières s’y retrouvaient également pour parler et chanter. L’arrivée de l’eau courante dans les maisons a marqué le commencement de la fin des lavoirs publics, qui tomberont définitivement en désuétude avec la popularisation de la machine à laver.

 

Saint-Mars la Jaille

En entrant dans la ville, le lit de l’Erdre s’est nettement élargi.

L'Erdre, de la source à la Loire.

 

Saint-Mars proviendrait d’une déformation de Saint-Médard, le protecteur de la paroisse. Yvon XII de la Jaille y fait construire un château-fort en 1334 afin de protéger les marches de Bretagne ; démantelé sous Henri IV (1598) puis sous Richelieu (1618) par crainte qu’il ne soutienne les révoltes de la noblesse bretonne, il faudra attendre 1713 pour que cette seigneurie soit relevée par la famille La Ferronnays, d’origine aristocratique bretonne ; elle y fera construire en 1764 un nouveau château qui sera incendié en 1793 lors des guerres de Vendée opposant les Blancs (royalistes) et les Bleus (républicains) ; restauré à partir de 1838, le logis principal ne survivra pas au coût de son entretien et à son abandon, seules les dépendances du domaine subsistent.

Saint-Mars la Jaille a assis sa prospérité sur les productions agricoles (agriculture, élevage, bois) mais également, au 20ème siècle, sur le machinisme agricole de l’entreprise Braud fondée dans la commune en 1898, avant que celui-ci ne soit repris par le groupe New Holland Agriculture en 1982 ; une fois construites, les « bleues » rejoignaient Nantes par trains spéciaux avant d’être exportées à l’international ; depuis 1975 la marque s’est recentrée sur les machines à vendanger et exporte dans le monde entier.

L'Erdre de la source à la Loire
L’ancienne ligne de chemin de fer qui reliait Segré (49) à Nantes, déclassée en 1993, a été reconvertie en 2008 en voie verte pour cyclistes piétons et cavaliers.

Un saint-marsien se laisse surprendre sur son territoire en bordure de l’Erdre.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

 

Vallons de l’Erdre

A Vallons de l’Erdre, en dessous de l’ancien Prieuré établi vers 1013 par l’abbaye de Saint-Florent le Vieil, se trouve l’ancienne minoterie de Bonnoeuvre et son moulin à eau, ici vus du pont aux moines. Celle-ci était la première grande minoterie sur le cours de l’Erdre à avoir su évoluer du stade artisanal au stade industriel, facilité en cela par le goulet d’étranglement de la rivière décuplant ainsi sa force hydraulique. Mais elle déclina au 20ème siècle face au mouvement de regroupement des minoteries (comme à Nantes avec les Grands Moulins de Loire).

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Riaillé

Le lavoir de Riaillé, en contrebas de la route Riaillé-Ancenis, a été construit en 1850 afin de permettre aux villageoises de venir laver leur linge sur la rive droite de l’Erdre ; il a été utilisé jusqu’en 1960.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Trans sur Erdre

Le pont du Theil à Trans sur Erdre, a été construit aux 12ème et 13ème siècles afin de faciliter l’acheminement à Nantes du minerai de fer extrait des carrières de Moisdon la Rivière ainsi que du charbon de bois et diverses productions agricoles. Concurrencé par la création de nouvelles routes au 18ème siècle, il tombera dans l’oubli jusqu’à sa restauration dans les années 1970, mais ses environs continuent d’être un lieu d’habitat pour des bernaches du Canada qui ont fini par s’y sédentariser.

L'Erdre, de la source à la Loire.

L'Erdre, de la source à la Loire.

 

Joué sur Erdre

On dit que « Joué » découlerait du latin «Jovis » et du celte « erdam », et pourrait ainsi remonter à une époque gallo-romaine. Au 12ème siècle, son territoire s’étendait sur plusieurs châtellenies dont celles de Vioreau et de la Lucinière. Au cours de son histoire, la commune se trouve au cœur des combats entre les chouans et les républicains. Le village appartient au duché de Bretagne et développe son économie sur l’agriculture, les moulins (vent et eau) et l’exploitation forestière. Aujourd’hui, la commune est connue pour son réservoir d’eau de Vioreau aménagé dans les années 1830 pour pouvoir alimenter le canal de Nantes à Brest pendant les périodes sèches via une rigole alimentaire (cf supra Nort sur Erdre). On peut encore y voir un lavoir se situant au pied du bief d’un ancien moulin à eau (18ème siècle), composé d’une dizaine de stalles.

 

L'Erdre, de la source à la Loire.

 

C’est sur la rive droite de l’Erdre que chemine la rigole alimentaire sur environ 1000 m. Construite en 1833, elle relie l’étang de Vioreau au canal de Nantes à Brest ; elle permet ainsi de maintenir un niveau d’eau suffisant au canal pour assurer la navigation fluviale et ses activités économiques, désormais touristiques. Plusieurs arcades ont été construites afin de s’affranchir des vals.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

A l’approche de Nort sur Erdre, la rivière entre dans ses derniers grands méandres. Noyée dans les bois à gauche, la falaise signe la faille géologique de Nort sur Erdre, dernier soubresaut du versant nord du sillon de Bretagne.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Des biefs (petits canaux de dérivation) ont été construits afin d’apporter aux moulins l’eau nécessaire à la mouture de céréales, typique des moulins à eau du val de l’Erdre, mais au prix d’une reconfiguration du lit originel de la rivière et d’une perte de biodiversité.

Comme ici, à l’ancien moulin de Vault, abandonné de longue date et dépourvu de sa roue à aubes. Ici l’Erdre a été réaménagée (2) dans les années 2010 afin de lui restituer son caractère sauvage : le projet est tant de permettre aux poissons d’y trouver un habitat que de faciliter la migration des anguilles ; pour cela, des enrochements de tailles différentes sont placés au fond de la rivière à la manière d’une passe à poissons ; ceux-ci assurent en période de basses eaux tant un abri qu’un goulot d’étranglement du flux assurant ainsi son écoulement constant, un peu à la façon dont les castors ménagent des déversoirs au sein de leurs barrages.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Les rivières sont classées en 2 catégories administratives selon les groupes de poissons dominants : la 1ère à dominante salmonicole (comme la truite), la 2ème à dominante cyprinicole (blancs comme la carpe, carnassiers comme le brochet, grands migrateurs comme l’anguille (3)) qui se caractérise par des eaux calmes, un faible courant, avec des zones étendues de tourbières et de nénuphars. L’Erdre est une rivière poissonneuse de 2ème catégorie ; son faucardage régulier lui permet de conserver un bon écoulement de l’eau et son oxygénation. Mais elle demeure néanmoins soumise à la pression des produits phosphorés, azotés et phytosanitaires utilisés par les agriculteurs et autres usagers en amont de son bassin naturel.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Nort sur Erdre

Après avoir traversé des régions rurales et bocagères, l’Erdre arrive à Nort sur Erdre, en passant sous le pont saint-Georges, d’où est prise cette photo ; celui-ci assure l’unique point de passage ouvert à la circulation d’une rive à l’autre ; c’est aussi là qu’en 1793, l’armée vendéenne partie à la conquête de Nantes y sera ralentie par la résistance nantaise.

C’est à partir de l’aval du pont Saint-Georges que la rivière devient à proprement parler navigable sur ses derniers 25 km ; à partir de 1829, des navires à vapeur assureront chaque jour le transport de passagers entre Nort sur Erdre et Nantes, la liaison s’effectuant en 02h30. Le port a contribué à la prospérité de la ville car de là étaient acheminées à Nantes les productions locales de charbon, de houille, de fer, de bois ; cette activité économique déclinera à partir de 1877 avec la mise en service de la ligne ferroviaire reliant les deux villes.

Ici les bâtiments de l’ancienne minoterie toisent les « house-boats ».

L'Erdre de la source à la Loire.

L'Erdre de la source à la Loire.
L’Erdre en crue, lors des inondations de l’année 2026.

 

L’Erdre s’élargit à partir de la plaine de la Poupinière, pour ensuite s’étendre encore davantage dans la plaine de Mazerolles, jusqu’à parfois atteindre 1 km de large. La faiblesse de sa pente et de son débit facilite l’apparition de vastes marais à partir de là. Il s’agit d’un domaine de l’Etat, classé zone Natura 2000 en raison de sa biodiversité faunistique et floristique et de son intérêt écologique. Au sein de ces espaces de reproduction, d’habitation, de passage et de migration des oiseaux et des poissons, l’homme y a développé des activités de loisirs.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

La plaine de Mazerolles étend ses 253 hectares sur les communes de Nort sur Erdre, Petit Mars et Sucé sur Erdre. Ses plus anciens gisements de tourbe, d’une profondeur de 7 mètres, remontent à 4000 ans et sont aujourd’hui essentiellement conservés voire restaurés ; afin de couvrir leurs besoins, les horticulteurs importent aujourd’hui de la tourbe brute en provenance majoritairement de l’Ukraine et de l’Espagne ; certaines entreprises commencent à développer des alternatives sous forme de substrats sans tourbe afin de tendre vers la neutralité carbone. Elle accueille un parc éolien, malgré sa classification en « zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique » ; elle s’intègre au site « Natura 2000 » d’une superficie d’environ 2700 hectares, lequel accueille 200 espèces d’oiseaux nicheurs, des frayères à brochets, des loutres d’Europe, des espèces végétales rares comme la Drosera, plante insectivore protégée.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Cette toue cabanée (4), reconvertie dans le tourisme fluvial, quitte l’Erdre pour s’engager dans l’écluse de Quinheix, d’où est prise cette photo, deuxième écluse du canal construit en 1811 menant de Nantes à Brest.

L'Erdre de la source à la Loire.

L'Erdre de la source à la Loire.
L’Erdre en crue, lors des inondations de l’année 2026. Elle inonde les plaines de la Poupinière et de Mazerolles, impactant la biodiversité ; par exemple en repoussant les hardes de sangliers à la recherche de nourriture vers les territoires habités ou cultivés.

 

Sucé sur Erdre

La ville de Sucé sur Erdre signe l’extrémité sud de la plaine de Mazerolles et la fin des paysages de marais ; à partir de là, l’Erdre devient périurbaine. De nombreuses propriétés riveraines du domaine public fluvial n’ont toujours pas mis en œuvre la servitude de marchepied de 3,25 mètres qui leur est imposée ; cette résistance a généré de nombreux conflits avec les associations de pêcheurs et de randonneurs.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Elle s’élargit, bordée par des coteaux rocheux et boisés qui la canalisent, constituant ainsi une véritable coulée, verte sauf lorsque la pluie en a décidé autrement, jusqu’au sein de l’agglomération nantaise.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

La Chapelle sur Erdre

Au fur et à mesure qu’on s’approche de Nantes, il existe plusieurs châteaux construits au 17ème siècle qu’on appelait « folies » et correspondaient généralement à un lieu de villégiature de familles nobles ou de riches commerçants travaillant à Nantes ; on dit que ce terme serait issu de l’ancien mot « feuillée » (abri de feuillage) pour caractériser ces châteaux érigés à hauteur de la fortune de leurs propriétaires. Ils étaient construits dans un style néoclassique, parfois aménagés par Jean-Baptiste Ceineray ou Mathurin Crucy, architectes nantais. Il en existe également sur les bords tant de la Loire que de la Sèvre nantaise.

Ici le château de la Desnerie, propriété édifiée au 14ème siècle (bâtiment inscrit aux Monuments Historiques) mais agrandi et remanié au 17ème siècle par l’architecte nantais Jean-Baptiste Ceineray. La Duchesse de Berry ainsi que le Général de Gaulle y ont séjourné en leurs temps.

Erdre

Erdre

Une particularité de certains de ces châteaux est de posséder une cale à bateaux, destinée tant à accueillir les invités qui arrivaient de Nantes par la rivière (les routes étaient alors longues, inconfortables, et parfois peu sûres), qu’à leur organiser des promenades sur la rivière ; elle était d’autant plus considérée comme un symbole de luxe ostentatoire qu’elle était construite au droit de la terrasse d’honneur du château ; certaines de ces cales permettaient également d’acheminer à Nantes les productions agricoles (céréales, bois…) issues des fermages du domaine, avant que le chemin de fer ne vienne détrôner l’Erdre au titre de voie de circulation majeure. Ici celle du château de la Desnerie.

Erdre

 

L’Erdre à Nantes

 

Un « quatre barré » arrive sous les deux ponts situés au droit de l’ancien village de la Jonelière : à gauche le pont routier « double poutre » de la Beaujoire (ouvert en 1977 afin d’assurer la continuité du périphérique), et à droite le pont ferroviaire de la Jonelière (le premier pont métallique, construit en 1875 pour assurer la liaison Nantes-Chateaubriant, a été détruit en 1944 par les allemands, puis reconstruit en béton armé en 1948, avant d’être rénové en 2011 avec l’adjonction d’une piste cyclable, il assure désormais la liaison train et tram-train). C’est à leur pied que la rivière Gesvre s’y jette.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

On laisse l’ancien village de la Jonelière sous un petit rayon de soleil. Il ne reste rien de son quartier populaire, de ses bars et guinguettes, de son école, de son musée de voitures anciennes, du château de la Châtaigneraie qui accueillait un petit zoo dans les années 1950-1970. L’Erdre est une rivière prisée des clubs d’avirons et d’autres sports d’eau (canoë-kayak, paddle…), et du tourisme fluvial.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

L’IFREMER est l’institut français de recherche sur la connaissance des océans (protéger et restaurer les éco-systèmes marins, gérer durablement les ressources marines, partager les informations marines), bien qu’ici situé dans des eaux douces.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Situé entre l’Erdre et le campus universitaire, le château du Tertre avait été bâti en 1858 par Gabriel Lauriol, négociant et armateur nantais, également à l’origine de l’hippodrome du Petit Port à proximité. Il est aujourd’hui propriété de l’université de Nantes depuis les années 60 afin d’y accueillir cours et colloques.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

L’ancienne glacière du château du Tertre, dans laquelle était conservée sur plusieurs mètres de profondeur la glace d’hiver récoltée sur l’Erdre et les étangs voisins ; elle est aujourd’hui comblée et abandonnée. Ce type de glacière, connu depuis l’Antiquité, s’est développé dans les jardins des châteaux plus particulièrement à partir de Louis XIV qui en avait doté Trianon.

Construite à l’abri au nord, la glacière permettait de conserver la glace mais également, selon son aménagement, des aliments et boissons pendant les mois chauds, parfois jusqu’à la fin de l’été, sans parler de la confection de sorbets pour les invités qui était un évident signe de prospérité. Le château de Grand-Blottereau  à Nantes en possédait également une, tandis que d’autres glacières à caractère industriel existaient à Nantes (rue Adolphe Moitié) pour répondre aux besoins tant des métiers de bouche locaux que des bateaux à partance à l’étranger (la glace provenait alors de prélèvements locaux, voire était importée de Norvège par bateaux).

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Témoignant de la bonne qualité de l’eau, les cormorans passent leur temps à pêcher les gardons, brèmes, cendres, carpes, brochets ou anguilles ; contrairement à leurs voisins les canards, ils ne savent guère imperméabiliser leur plumage, qu’ils doivent sécher à l’air.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

L’ancien marais de port Boyer avait été assaini afin de permettre son urbanisation rive gauche. La navette fluviale « la mouette » assure la liaison avec le campus universitaire situé rive droite, à l’endroit où se jette la rivière le Cens.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

C’est également à port Boyer que se trouve le lycée professionnel maritime Jacques Cassard. A l’issue de leur formation, les élèves pourront se diriger au choix vers l’emploi, les concours d’admission aux écoles nationales de la marine marchande ou de la marine nationale.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Un geai des chênes, dans les saules. Espèce chassable dans certains départements car classée « espèce susceptible d’occasionner des dégâts », ce que conteste la Ligue Protectrice des Oiseaux ; c’est néanmoins un oiseau utile par son rôle écologique de nettoyeur de la nature.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Les cinq derniers kilomètres

 

Reconstruit en 1977, le pont de la Tortière, ici vu de la rive gauche, marque visuellement l’entrée dans la ville par l’urbanisation de ses bords.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

C’est l’ancien pont de la Tortière, construit en 1876, qui a inspiré son poème à Paul Fort « Du pont de la Tortière, un soir » (in «Ballades nantaises» 1947). Cette photo, publiée sur internet sans mention de son auteur (merci de me contacter si vous l’identifiez), le représente en 1909.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

L’assainissement du marais de Barbin a permis la réalisation de divers ouvrages, diverses voies de passage, constructions (entrepôts, hangars, maisonnettes à flanc de falaise…), quais (amarrage de péniches, dont il ne reste plus aujourd’hui que des péniches d’habitation).

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Le dernier des bateaux-lavoirs de Nantes, aujourd’hui reconverti en gîte touristique. Au nombre de 33 au début du 19ème siècle répartis entre la Loire et l’Erdre, ils permettaient aux blanchisseuses de travailler en toute indépendance des effets de marée (l’Erdre était encore directement reliée à la Loire) ; ils possédaient leurs propres fourneaux pour les besoins du lessivage, les derniers ayant été éteints dans les années 1950.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

A l’horizon, le pont de Barbin, renommé par la suite pont de la Motte-Rouge. Celui-ci est venu remplacer l’ancienne digue nommée « la chaussée de Barbin » qui n’était pas adaptée au trafic urbain, outre que la construction rive gauche de la caserne militaire Cambronne, face au village de Barbin (rive droite), exigeait la traversée rapide de l’Erdre.

A l’origine cette chaussée, haute de plusieurs mètres a été bâtie, dit-on, au 6ème siècle à l’initiative de Saint-Félix, évêque de Nantes. Elle servait également de retenue d’eau alimentant 3 moulins à eau ainsi que 2 pêcheries ; mais elle permit surtout, en noyant ainsi les marais de Mazerolles et de la Poupinière, la navigabilité de la rivière et donc le transport de marchandises entre Nantes et Nort sur Erdre ; il faudra attendre la construction au 19ème siècle du canal de Nantes à Brest pour que prospère le commerce entre Nantes et la Bretagne, et rende inutile cette chaussée qui sera détruite.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Petit oratoire dédié à la Vierge Marie, où se déroulaient encore des processions avant la Révolution de 1789 ; sa statue de la Vierge a disparu en 1895. Cédé par la propriété Tourneron à la ville de Nantes en 1986, il a été restauré en 2014.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Typique de l’architecture des maisons nantaises, celle-ci résiste encore aux sirènes des promoteurs immobiliers dont les immeubles de luxe grignotent petit à petit du terrain sur les bords naturels de l’Erdre.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Le quai de Versailles (rive droite) a été édifié en 1837 sur l’ancienne chaussée des Fresnes et tient son nom d’une propriété que l’on désignait comme « le petit Versailles ». L’île de Versailles a été artificiellement créée en 1831. Elle a longtemps été un lieu d’entrepôt d’un négociant en bois et d’étendage de blanchisseries et surtout de lavandières ; de nombreuses activités s’y sont progressivement implantées (bateaux-lavoirs, tanneries, menuiseries, chantiers navals, pêcheries, meuniers…). Délaissée par les artisans et entreprises, l’île est rachetée en 1983 par la ville qui l’aménagera en jardin public d’inspiration japonaise ; son ponteau a été reconstruit en 2022.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Le quai Ceineray (rive gauche) porte le nom du grand architecte urbain qui a transformé partie de la ville de Nantes dans les années 1760 à 1780 (notamment : déconstruction des remparts, construction de la préfecture, immeubles des anciens quais Brancas et Flesselles), et réaménagé les bords de l’Erdre. A droite de l’image au droit du mur en brique, débouchait la chaussée de Barbin qui traversait l’Erdre ; ici invisible, l’île de Versailles se situe dans l’arrière-plan.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Il ne reste guère de traces des anciens bâtiments et entrepôts le long des quais dans ces quartiers autrefois riches en activités économiques. Ces anciens bâtiments sont aujourd’hui détruits au profit de nouvelles habitations.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Ces vieilles cheminées, proches des anciennes distillerie et tanneries, témoignent d’un passé industriel révolu.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Dernier regard vers l’amont, et le pont qui relie le quai de Versailles au quai Ceineray. C’est ici que bat le coeur des Fêtes de l’Erdre, festival international de musique à tendance jazz le premier week-end de septembre.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

L’Erdre aime aussi les ambiances feutrées, comme ici par temps de neige, plutôt rare dans cette région.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Mais elle est capable de nous surprendre lorsque, alimentée des précipitations majeures et gonflée par ses affluents, comme ici en février 2026, elle sort de son lit habituel pour inonder les alentours.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

L'Erdre de la source à la Loire.

 

L'Erdre de la source à la Loire.

 

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Arrivée au bassin Ceineray, l’Erdre y est redirigée artificiellement vers la Loire au travers du tunnel fluvial Saint-Félix à gauche, percé à cet effet. Jusque là, l’Erdre s’écoulait naturellement vers la Loire par la droite, la retenue d’eau et le débit étant régulés par une écluse avant leur confluence ; le comblement de cette jonction de l’Erdre à la Loire (1926 à 1946) a enseveli cette écluse, d’où le nom de « place de l’écluse » située au pied de l’actuelle tour de Bretagne.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Rive gauche, l’ancien port Communeau, au droit du bassin Ceineray et de la Préfecture. C’était un point d’entrée important dans la ville, fortifié dès le moyen-âge avec le fort Communeau (1568 – à replacer dans le contexte des guerres de religion qui faisaient de Nantes, catholique, une ville géostratégique) ; il servait au débarquement des marchandises (bois, charbon de bois, produits agricoles, vin, tuffeau, ardoise de Nozay…) arrivant par gabarres (4).

C’est également un lieu chargé d’Histoire : dès la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 par Louis XIV, les protestants nantais furent notamment interdits de disposer d’un temple à Nantes, siège de l’évêché ; ceux-ci devaient alors se rendre au temple le plus proche, à Sucé sur Erdre ; pour cela, ils embarquaient dans des gabarres à port Communeau, et l’on dit qu’ils commençaient à réciter leurs psaumes sur l’eau au grand dam des riverains catholiques.

Son activité disparut progressivement à partir de 1757, notamment à cause de la concurrence du chemin de fer et la réalisation de routes ; les travaux de comblement de l’Erdre et les aménagements du quartier achèveront sa disparition du paysage urbain.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

L’entrée du tunnel fluvial Saint-Félix, à travers la ferronnerie du pont Saint-Mihiel. La  navigation se faisant à sens unique et alterné, il faut actionner au feu vert une corde pour annoncer son arrivée, dans un sens ou dans l’autre.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

La sortie aval du tunnel, qui débouche dans le bassin Saint-Félix, port de plaisance à flot situé à moins d’une encâblure de la Loire.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Dans cette perspective du bassin Saint-Félix, malgré les apparences, la Loire est devant nous ; on distingue les trois sas de l’écluse Saint-Félix, première écluse du canal de Nantes à Brest ; celui de gauche gère le débit de l’Erdre afin de garder le bassin à flot tandis que les deux autres sont réservés au passage des bateaux.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Cette toue cabanée (4) est éclusée afin de quitter la Loire pour pénétrer dans l’Erdre par ce sas dédié à leur jonction.

L'Erdre de la source à la Loire.

L’Erdre dans la Loire

 

Le troisième sas gère le niveau d’eau du bassin en fonction du débit de l’Erdre, laquelle se jette ici dans la Loire =>

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Ce débit peut être difficile à réguler en cas d’inondations majeures, notamment lorsque l’Erdre et la Loire sont toutes deux en crue et presque de même niveau, sans que l’effet de marée puisse avoir un quelconque effet, comme ici en février 2026.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

L’écluse Saint-Félix dans son cocon urbain. C’est aussi une passerelle pour les piétons, afin d’assurer leur passage entre les deux rives de l’Erdre, avec juste à côté un autopont pour les mêmes raisons. Là, les eaux de l’Erdre se mêlent à celles de la Loire, au premier plan. Et c’est ici que l’Erdre termine son voyage.

L'Erdre de la source à la Loire.

 

Si vous voulez poursuivre cette promenade en direction de l’océan atlantique, vous pouvez descendre la Loire, de Nantes à Saint-Nazaire.

 

(1) Il n’est pas possible de savoir combien de temps met une goutte d’eau à se jeter dans la Loire à partir de l’étang du Clairet ; parce que cela dépend du débit de la rivière (saisons, pluies, gestion des barrages, affluents) et de son profil (temps de résidence dépendant des zones de rétrécissements, d’élargissements et de stagnation) ; on sait seulement qu’un temps long contribue à expliquer les problèmes d’eutrophisation (algues, cyanobactéries) faute d’effet de chasse d’eau, et c’est là un début de réponse. Quant à savoir si le gardien de l’étang du Clairet connaîtra un jour la Loire…

(2) En Loire-Atlantique, le remembrement (1960-1970) n’a pas modifié directement le lit de l’Erdre ; en revanche, pour avoir porté sur 75 % des surfaces agricoles, il a indirectement impacté son fonctionnement hydrologique et celui de ses affluents (Cens, Gesvres, Hocmard) par : la suppression de haies et talus, la rectification de méandres, l’accélération du ruissellement, la suppression de zones humides.

Aujourd’hui, la « Directive-cadre européenne sur l’eau » a conduit différents acteurs publics à conduire des actions résilientes (barrages, zones de rétention, passes à poissons, reméandrages). La loi Labbé vise à mieux encadrer l’utilisation des produits phytosanitaires (pesticides, herbicides, fongicides, insecticides) sur le territoire national afin de limiter leurs impacts (santé humaine, biodiversité, sols, eaux de surface ou souterraines) ; justement le bassin versant de l’Erdre est entouré de zones agricoles et urbaines qui entraînent chaque année l’apparition de cyanobactéries (algues bleues) rendant l’eau impropre à l’homme. Le Contrat Territorial Eau  vise à coordonner des actions des partenaires du bassin versant de l’Erdre (source et affluents) en direction de la restauration de la qualité de son eau (protection des captages, accompagnement agricole), de ses milieux aquatiques (zones humides), et de la préservation de sa biodiversité (plantation de haies, lutte contre les ruissellements, lutte contre les espèces exotiques envahissantes tant végétales qu’animales).

(3) L’anguille est un poisson migrateur protégé, classé « espèce en danger critique d’extinction ». C’est dans la mer des Sargasses que les anguilles femelles pondent leurs oeufs qui seront fécondés par les anguilles mâles ; elles ne se reproduisent qu’une seule fois, les oeufs éclosent et les larves se laissent porter par le Gulf Stream pendant un à deux ans. A l’approche des côtes, elles vont se transformer en civelles, lesquelles vont remonter les estuaires puis les rivières afin de grandir dans des eaux nourricières.

En eau douce, elles deviennent des anguilles jaunes. Après une certaine durée de vie (8 à 15 pour les mâles, jusqu’à 20 ans pour les femelles) au cours de laquelle elles ont grossi, elles se transforment en anguilles argentées et repartent en direction de la mer des Sargasses pour un voyage de 5000 à 7000 km sans manger, où elles mourront d’épuisement après s’être reproduites.

(4) La toue est une embarcation rustique à fond plat, typique de la Loire et de ses affluents ; elle est manoeuvrable à la perche, à l’aviron, voire à la voile ; elle sert à la pêche ou au transport de petites marchandises sur des eaux peu profondes ; elle peut être « cabanée » selon son utilisation.

La gabarre est un bateau de fret robuste, également à fond plat ; elle est conçue pour le transport fluvial de lourdes charges et sur de longues distances entre villes et ports ; elle est manoeuvrable à la voile ou par halage ; on la trouve aussi bien sur la Loire que sur la Dordogne, et parfois sur la côte charentaise.

 

Haut de page

Reportages

Accueil

 

error: Ce contenu est protégé, n'hésitez pas à vous reporter aux conditions générales d'accès au site.